Une recherche de soi

Une recherche de soi - Travis Carpenter

Pendant près de 10 ans, j’ai fait des milliers d’expériences sur ma propre personne. J’essayais à peu près tout. J’avais même fait de la lutte, ce qui m’a souvent poussé à aller chez un dentiste Cote-Vertu, pour réparer quelques dégâts causés par de mauvaises chutes. J’ai aussi fait du parachute, du parapente, des descentes en skate sur des routes montagneuses, du motocross, du saut à l’élastique… Enfin, tout ce qui était plus ou moins dangereux, selon l’avis de certains. Je ne sais pourquoi, j’avais la sensation d’avoir besoin de me prouver quelque chose. Comme si, ma force brute devait quitter mon corps pour ressentir une sensation de plénitude pour devenir plus zen d’esprit.

Après cela, je faisais des expériences sur mon propre corps. Je commençais par quelques tatouages, pour finir par m’installer des broches sous la peau du crâne et de quelques membres pour pouvoir y visser quelques objets métalliques. J’avais même failli aller jusqu’à un extrême d’une mode qui venait du Japon, qui consistait à s’enlaidir, en se faisant des injections pour se gonfler des parties du visage. J’arrêtais le jour où je blessais par inadvertance un enfant. Une de mes broches avait carrément provoqué une coupure sur le dessus de sa tête. Je me sentais très responsable, d’autant plus que, sur le moment, je n’avais pas su faire le nécessaire pour l’aider.

J’accompagnais la mère et son enfant à l’hôpital. J’y restais là, jusqu’à ce que je sache qu’il ne garderait aucune séquelle. En rentrant, face à la glace, je voyais une personne qui pendant 10 ans, n’avait fait que tourner en rond, et n’avait cherché que des extrêmes pour la simple raison qu’elle n’avait jamais trouvé sa voie. Je venais de comprendre que, non seulement mes expériences avaient été inutiles, mais qu’elles avaient surtout fait de moi une personne inutile. Est-ce l’ennui, ou la sensation d’avoir la certitude de ne pas vivre pleinement, qui m’a fait plonger dans un programme d’autodestruction ? Ou alors est-ce tout simplement par simple bêtise ? Le lendemain, je m’inscrivais dans un centre, où il était possible d’apprendre à devenir secouriste. Action pour action, autant se rendre nécessaire et indispensable. Je passais maintenant la plupart de mes soirées dans des camions de la Croix-Rouge, pour aller porter secours à des personnes qui vivent, ou qui ont vécu un mauvais moment. La plupart de mes week-ends aussi. Je connaissais la douleur. Je savais en parler aux autres. Je changeais totalement de cap.